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Citations

SONS

Venise, 1876

Rien n’est plus intéressant que de voir les gondoliers dans des canaux étroits et tortueux se croiser, se dépasser et s’éviter avec une adresse incroyable. A chaque tournant, ne pouvant s’apercevoir ni s’entendre, car la gondole dans sa marche ne fait aucun bruit, ils s’avertissent par un cri bizarre et monotone de la la direction qu’ils doivent prendre ou des évolutions qu’il leur faut faire. Sia premi (nous suivons ici la prononciation) veut dire « prenez à droite », sia stali, « prenez à gauche »; sia di lungo, « allez tout droit ». A tout instant, l’un de ces cris stridents vient fendre l’air et troubler pour quelques secondes le silence léthargique dans lequel repose la somnolente cité. (Henry Havard, « Amsterdam et Venise », E. Plon et Cie, Paris, 1876, pp. 304-305).

Thessalonique, 1915

Celui qui a visité l’Orient, où out le monde vit dans la rue, connaît cette musique : ce bourdonnement de la foule comme dans un grand foyer de théâtre, ou dans une salle d’attente de gare. imaginez alors le « brouhaha de Thessalonique » amplifié par le vrombissement et le tumulte de certaines de gros camions passant sur les énormes pavés des rues ; par le claquement des sabots ferrés de la cavalerie, des bottes avec des semelles en fer des hommes qui marchent bien aligné, en compagnies, en régiments, en détachements ; par les cris des villageois qui conduisent leurs troupeaux de moutons, de chèvres, de dindons ou de boeufs ; les cris des cireurs de chaussures, des marins, des vendeurs de sucreries ; des jeunes vendeurs de journaux hurlant les noms des journaux grecs ; par les klaxons des trams au son métallique, les klaxons des voitures, les sirènes des bateaux à vapeur et à moteur, le claquement des cordages et des chaînes des grues, et par les voix des 300 000 personnes parlant des langues différentes. » (Richard Harding Davis, correspondant de guerre américain, cité in: Sakis Serefas & Haris Yiakoumis, « Thessalonique à la première personne », Carnets de voyage rêvé, Editions Kallimages, Malemort, 2005, pp.112-113).

Séville, 1894

A l’heure de midi, après avoir franchi des rues et des cours que dévorait le soleil, dans un énorme bâtiment mi-soldatesque, mi-religieux, j’ai visité, le long de salles immenses, cinq mille femmes environ, les fameuses cigarreras sévillanes qui, avec un vacarme inouïs de chants et de bavardages, roulent en cigares et cigarettes les feuilles de tabac. (Maurice Barrès, « Du sang, de la volupté et de la mort », in: • Je vous écris d’Andalousie », ed. Nicolas Chaudun, Paris, 2014, p. 26-27).

LUMIERES DU SUD

Lugano, 1984

J’ai laissé les Alpes dans la nuit. J’ai descendu les degrés d’une nature grise et noire. J’ai quitté un espace morne, hérissé de forêts malheureuses, pour une autre contrée, qui s’abaisse aimablement, qui s’offre et qui s’étale. Et le ciel n’est plus le même. Le gai matin a le réveil du cocq. La lumière ne se lève pas : elle sort, comme si elle s’était cachée ; elle arrive d’un bond, rayonnante et chaude. L’air vif appelle la matinée bleue et blonde.

[…] La lumière, surtout, la lumière est un nouvel espace, où l’on baigne. Les corps en sont pénétrés. Elle caresse les surfaces comme une peau, elle les imprègne. J’y nage, et les yeux ravis n’ont pas besoin de se fermer dans ce fluide. En vérité, je découvre Lugano et le lac, la lumière a djà trop d’éclat. Voici l’Italie. (André Suares, « Le voyage du Condottière », Livre de Poche, biblio, n° 3259, Granit, Paris, 1984, p. 325).

ODEURS

Nantes

Les odeurs ne sont plus les mêmes. Lorsque Nantes s’ouvrait sur la mer, lorsqu’elle recevait dans son port tous les parfums des îles tropicales, une langueur âpre, sensuelle, rôdait dans ses rues, qui se remplissaient aussi de tous les arômes de ses biscuiteries et de ses berlingots.

Restent encore quelques relents de cannelle et de café fraîchement torréfié. (Michel Ragon, « Adolescence nantaise », in: « Enfances vendéennes », Albin Michel, Paris 1990, pp. 497-498).

Venise

Ce n’est point l’odeur âpre de l’Océan qui a la saveur de fonds, de vase, de naufrages inextricablement mêlés, odeur menaçante d’un élément hostile à l’homme, mais une odeur particulière – quand les jours sont clairs, cela va sans dire – raffinée, légère et féminine […] Qui a l’odorat faible ne pourra jamais savoir ce qu’est vraiment Venise. Dans ses canaux circule comme un alambic ce jasmin de mer qui est son odeur : effluve de la mer pris au piège, comme l’odeur de la campagne à l’intérieur d’une église rurale, comme l’odeur de l’encens dans une sacristie. (Mario Praz, « L’odeur de Venise », in: « Souvenirs de Venise – Promenades et conseils », Ed. Mille Et Une Nuits, Fayard, Paris, 1998, p. 12).

 

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