le son des villes au XVIIIè s

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Londres – 1708
La vilaine, épaisse et puante fumée du charbon, et le pavé pointu dans la plus grande partie de la ville sont deux autres reproches qu'on fait à Londres. J'avoue qu'il n'y a point de remède au premier, mais bien au second, si l'on voulait. On peut ajouter encore les clameurs des mendiants dans les rues, principalement dans la Cité et dans les faubourgs de Westminster.
Si l'on aime le bruit, c'est un des lieux du monde où il y en a le plus. Car on n'y entend que trop de bruit et de tintamarre, par les charrettes et carrosses qui roulent tout le jour, par les cris de la ville qui frappent toujours les oreilles; particulièrement les crieurs de nouvelles qui courent les rues et crient à plein gosier. Les cloches d'un côté, et les tambours de l'autre, et souvent même les canons de la Tour, remplissent les oreilles. Ici, l'on trouve une foule, à pousser les gens à mort; là on rencontre un malheureux portefaix, qui heurte les allants avec son fardeau, et la canaille en hiver tirant avec des bâtons à des crocs, ou jouant au ballon dans les rues.
(Guy Miège, "L'Etat présent de la Grande-Bretagne", 1708, in: Jacques Gury, "Le voyage outre-Manche – anthologie de voyageurs français de Voltaire à Mac Orlan – du XVIIIè au XXè siècle", Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1999, pp. 161-162.)

Naples – novembre 1739
A mon sens, Naples est la seule ville d’Italie qui sente véritablement sa capitale ; le mouvement, l’affluence du peuple, l’abondance et le fracas perpétuel des équipages, […] tout contribue à lui donner cet extérieur vivant et animé qu’ont Paris et Londres, et qu’on ne trouve point à Rome.
(Président de Brosses, Lettre XXXI, "Lettres d’Italie", Mercure de France, Paris, 1986, p. 440)

Lyon – XVIIIè siècle
Chacune des cloches des églises a un son plus ou moins argentin en fonction de la nature de l'alliage (20 à 22% d'étain, 78 à 80% de cuivre) et une tonalité. On connaît ainsi la note de sa paroisse. A Lyon, l'église Saint-Pierre donne le si, Saint-François le ré, Saint-Georges le mi et la cathédrale Saint-Jean le là. Dans beaucoup d'églises il y a trois cloches et on sait distinguer la grosse cloche, dite encore trémone, mute ou campane, de la moyenne, la métanne ou métandière, de la petite, campanette, filleule, moineau ou grillet. On sait donc bien situer et décoder l'appel d'une cloche et, plus encore, les combinaisons de sons.
(Jean-Pierre Gutton, "Bruits et sons dans notre histoire", P.U.F., Paris, 2000, pp. 29-30.)

Londres - 15 avril 1750
Vous connaissez les rumeurs que nos cochers font quand ils s'accrochent; ces rencontres nous sont arrivées dans les plus petites rues de Londres avec des charrettes énormes: là, chacun descend de son siège, porte les roues, les dégage avec des peines incroyables sans prononcer une parole inutile.
(Anne-Marie du Boccage, "Lettres sur l'Angleterre et la Hollande", Gérard Monfort éditeur, Paris, 2005, p. 20)

Delft - juin 1750
En quittant Rotterdam, nous passâmes à Delft où résonnait dans l'air un carillon de mille cloches à l'unisson.
(Anne-Marie du Boccage, "Lettres sur l'Angleterre et la Hollande", Gérard Monfort éditeur, Paris, 2005, p. 48)

Paris – 1763
Je quitte Paris ne pouvant plus me faire au bruit.
(Louis Simon, in: A. Fillon: "Louis Simon, étaminier, 1741-1820, dans son village du Haut-Maine au siècle des lumières", Le Mans, 1982, in: Jean-Pierre Gutton, "Bruits et sons dans notre histoire", Presses Universitaires de France, Paris, 2000, p. 61.)

Rome, samedi 11 décembre 1773
Saint-Pierre : l’étonnement sur l’énormité et la magnificence de ce temple. […] on est étonné des mesures de comparaison que l’œil fait et que l’on fait ensuite le pied à la main. Les oreilles servent aussi de mesure. J’y ai entendu un orgue dans une des chapelles, mais quelle chapelle ! où se retirent des chanoines pour l’office. Cet orgue fait si peu d’effet dans Saint-Pierre que l’on croit entendre quelque bruit, mais on ne peut pas en être bien assuré.
(Bergeret de Grancourt, "Voyage d’Italie 1773-1774", Editions Michel de Romilly, Paris, 1948, pp. 59-60)

Valence - 1778
Importée d’Angleterre, l’usage du watchman ; il se nomme ici le sereno, ou l’homme du serein ; son emploi, comme à Londres, est de crier les heures, d’annoncer le beau temps ou la pluie ; il n’a d’armes, qu’une lanterne et une espèce de hallebarde.
(Jean-François Peyron, ″Essais sur l’Espagne″, Genève, 1780, cité in: "Bartolomé et Lucile Bennassar, "Le voyage en Espagne Anthologie des voyageurs français et francophones du XVIè au XIXè siècle", Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1998, p. 654)

Paris - 1785
Les enseignes sont maintenant appliquées contre le mur des maisons et des boutiques; au lieu qu'autrefois elles pendaient à de longues potences de fer; de sorte que l'enseigne et la potence, dans les grands vents, menaçaient d'écraser les passants dans les rues.
Quand le vent soufflait, toutes ces enseignes, devenues gémissantes, se heurtaient et se choquaient entre elles; ce qui composait un carillon plaintif et discordant, vraiment incroyable pour qui ne l'a pas entendu. De plus, elles jetaient la nuit des ombres larges, qui rendaient nulle la faible clarté des lanternes.
(Louis Sébastien Mercier, “Tableau de Paris” (1785), Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1990, p. 66.)

Paris - 1785
Non, il n'y a point de ville au monde où les crieurs et les crieuses des rues aient une voix plus aigre et plus perçante. Il faut les entendre élancer leur voix par dessus les toits; leur gosier surmonte le bruit et le tapage des carrefours. Il est impossible à l'étranger de pouvoir comprendre la chose; le Parisien lui même ne la distingue que par routine. Le porteur d'eau, la crieuse de vieux chapeaux, le marchand de ferraille, de peaux de lapin, la vendeuse de marée, c'est à qui chantera la marchandise sur un mode haut et déchirant. Tous ces cris discordants forment un ensemble, dont on n'a point d'idée lorsqu'on ne l'a point entendu. L'idiome de ces crieurs ambulants est tel, qu'il faut en faire une étude pour bien distinguer ce qu'il signifie.
Les servantes ont l'oreille beaucoup plus exercée que l'Académicien; elles savent distinguer du quatrième étage, et d'un bout de la rue à l'autre, si l'on crie des maquereaux, ou des harengs frais, des laitues ou des betteraves. Comme les finales sont à peu près du même ton, il n'y a que l'usage qui enseigne aux doctes servantes à ne point se tromper, et c'est une inexplicable cacophonie pour tout autre.
(Louis Sébastien Mercier, “Tableau de Paris” (1785), Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1990, p. 182.)

Paris - 1785
Les différentes heures du jour offrent tour à tour, au milieu d’un tourbillon bruyant et rapide, la tranquillité et le mouvement. […]
A deux heures les dîneurs en ville […] Tous les fiacres roulent à cette heure, il n’y a plus sur la place ; on se les dispute. […]
A trois heures, on voit peu de monde dans les rues, parce que chacun dîne : c’est le temps du calme, mais qui ne doit pas durer longtemps. […]
A cinq heures et un quant, c’est un tapage affreux, infernal. Toutes les rues sont embarrassées, toutes les voitures roulent en tous sens, volent aux différents spectacles ou se rendent aux promenades. Les cafés se remplissent. A sept heures le calme recommence : calme profond et presque universel. Tous les cheveaux frappent en vain le pavé. La ville est silencieuse, et le tumulte paraît enchaîné par une main invisible. […]
A neuf heure du soir le bruit recommence : c’est le défilé des spectacles. Les maisons sont ébranlées par le roulis des voitures ; mais ce bruit est passager. Le beau monde fait de courtes visites en attendant le souper. […]
A onze heures, nouveau silence. C’est l’heure où l’on achève de souper. […]
A minuit et un quart, on entend les voitures de ceux qui ne jouent pas et qui se retirent. […]
A une heure du matin, six mille paysans arrivent, portant la provision des légumes, du fruit et des fleurs. Ils s’acheminent vers la Halle : leurs montures sont lasses et fatiguées ; ils viennent de sept à huit lieues. La Halle est l’endroit où jamais Morphée n’a secoué ses pavots. Là point de silence, point de repos, point d’entracte. Aux mareyeurs succèdent les poissonniers, et aux poissonniers les coquetiers, et à ceux-ci les détailleurs ; car tous les marchés de Paris ne tirent leurs denrées que de la Halle. (Louis Sébastien Mercier, “Tableau de Paris” (1785), Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1990, pp. 159-161.)

Paris - 1785
Le marteau du forgeron et du maréchal ferrant trouble quelquefois le sommeil du matin, pour les paresseux qui sont encore au lit. Si l'on en croyait nos sybarites, on relèguerait hors des villes tous les artisans qui font frémir la lime mordante; il ne serait plus permis au chaudronnier de battre sa marmite, au charron de cercler la roue d'un fer durable, aux différentes professions qui courent les rues, d'élever ces voix aigres et retentissantes qui se font entendre au sommet et jusque sur le derrière des maisons. Il faudrait que le bruit de la cité fût enchaîné de toutes parts, pour protéger leur oisive mollesse, et que, le calme du silence environnant leur paisible alcôve, tous ces voluptueux pussent presser la plume oiseuse jusqu'à la douzième heure, lorsque le soleil est au haut de sa carrière. […]
Si l'on écoutait toutes les prétentions de ces riches, il n'y aurait que des portes cochères dans la capitale, et l'on matelasserait les rues jusqu'à une heure, c'est à dire, jusqu'au temps où ils quittent l'édredon ou la chaise longue; les cloches ne devraient plus retentir dans les airs ; et le tambour des Gardes, en passant sous leurs fenêtres, devrait être muet ; car il n'appartient qu'à leurs équipages de faire du bruit en roulant sur le pavé, et de réveiller à deux heures du matin ceux qui dorment.
(Louis Sébastien Mercier, “Tableau de Paris” (1785), Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1990, p. 162-163.)

Vérone, 17 septembre 1786
A Vérone, le mouvement de la population est très animé; quelques rues, dans lesquelles les boutiques et les ateliers se touchent, offrent surtout un coup d'oeil fort gai. Point de porte devant la boutique ou la chambre de travail; non, la maison est ouverte dans toute sa largeur; on voit jusqu'au fond et tout ce qui s'y passe. Les tailleurs cousent, les cordonniers tirent le fil et frappent, tous, à moitié dans la rue; les boutiques font même partie de la rue. Le soir, aux lumières, le spectacle est des plus vivants. Les jours de marché, les places sont combles: des montagnes de légumes et de fruits; l'ail et l'oignon à coeur joie. Du reste on crie, on folâtre, on chante tout le jour; on se pousse, on se chamaille, on huche et l'on rit sans cesse. La douceur de l'air, le bas prix des subsistances, rendent la vie facile. Tous ceux qui le peuvent sont en plein air. La nuit, les chants et le vacarme redoublent. J'entends chanter Malbrough dans toutes les rues; puis, c'est un tympanon, un violon. On s'exerce à imiter en sifflant tous les oiseaux. Les sons les plus étranges éclatent de toutes parts. Cette surabondance de vie, un doux climat la communique même à la pauvreté, et l'ombre du peuple semble même encore digne de respect.
(Goethe, "Voyages en Suisse et en Italie", Librairie de L. Hachette, Paris, 1868, p. 109.)

Palerme – 8 avril 1787, dimanche de Pâques
L’heureuse résurrection du Seigneur a provoqué dès le point du jour l’explosion d’une joie bruyante ; les pétards, les serpenteaux et les feux d’artifice de toute sorte détonnaient devant les églises, tandis que les fidèles se pressaient vers les portes ouvertes à deux battants. Le son des cloches et des orgues, les chants des processions et les chœurs des prêtres qui venaient au-devant d’elles pouvaient réellement étourdir les oreilles des gens qui ne sont pas accoutumés à une manière si bruyante d’adorer Dieu.
(Goethe, "Voyage en Suisse et en Italie", Librairie L. Hachette et Cie, Paris, 1862, p. 285) [trad. Jacques Porchat].

Lisbonne – dimanche 27 mai 1787
Ce climat ne me vaut rien. La chaleur et le bruit me tuent; or l'un comme l'autre sont fort à craindre dans Lisbonne où, toute la nuit, rôdent par les rues 30 000 à 40 000 chiens qui font la démonstration de leur importance et de leur utilité en dévorant tout ce qui tombe des fenêtres.
(William Beckford, “Journal intime au Portugal et en Espagne, 1787-1788 “, Librairie José Corti, Paris, 1986, p. 40. [traduction Roger Kann])

Lisbonne – mercredi 30 mai 1787
Un vacarme affreux m'a réveillé ce matin: encore les chiens!
(William Beckford, “Journal intime au Portugal et en Espagne, 1787-1788 “, Librairie José Corti, Paris, 1986, p. 49.)

Obernai – le Beffroi – 1789
Le beffroi, appelé Kapellturn, remplit trois fonctions: beffroi de la ville, tour de guet et clocher d’église. A la Révolution, le beffroi comptait neuf cloches. Le bourdon sonnait l’angélus à midi et la messe les jours de fête, la deuxième cloche annonçait les autres messes, la troisième était actionnée le matin et le soir, la cinquième servait de tocsin, la sixième à la convocation des assemblées, la septième à l’horloge et la huitième à la Confrérie.
L’édifice servait également de tour de guet à la ville. Deux équipes de deux veilleurs assermentés se relayaient jour et nuit au sommet de la tour. Le règlement municipal du XVème siècle, qui sera repris en 1569, leur prescrit de régler l’horloge, de frapper l’heure sur une cloche et de l’annoncer à la trompe, afin de témoigner de leur vigilance soutenue, mais également pour permettre à un plus grand nombre d’habitants de connaître l’heure. Ils signalaient à coup de trompe tout mouvement suspect alentour ou tout incendie en ville et dans les environs.
(site officiel de la ville : www.obernai.fr/site/page.php?d_page=593, consulté le 19.09.2007)

Rome – 1er décembre 1789
Comme je ne pouvais rester dans le très petit appartement que j’occupais à l’Académie de France, il fallut chercher un logement. Je regrettais fort peu celui que je quittais, attendu qu’il donnait sur une petite rue dans laquelle les voitures des étrangers remisaient à toute heure de nuit. Les chevaux, les cochers faisaient un train infernal ; en outre il se trouvait une madone au coin de cette rue, et les Calabrais, dont sans doute elle était la patronne, venaient chanter et jouer de la musette devant sa niche jusqu’au jour. A vrai dire, il m’était assez difficile de trouver à me loger, attendu l’extrême besoin que j’ai de sommeil et le calme environnant qui m’est absolument nécessaire pour dormir. J’allais d’abord occuper un logement sur la place d’Espagne, chez Simon Denis, le peintre de paysage ; mais toutes les nuits, les voitures ne cessaient d’aller et de venir sur cette place, où logeait l’ambassadeur d’Espagne. Enfin une foule de gens de diverses classes du peuple s’y réunissaient, quand j’étais au lit, pour chanter en cœur des morceaux que les jeunes filles et les jeunes garçons improvisaient de manière charmante, il est vrai, car la nation italienne semble avoir été créée pour faire de la bonne musique ; mais ce concert habituel, qui m’aurait enchantée le jour, me désolait la nuit. Il m’était impossible de reposer avant cinq heures du matin. Je quittai donc la place d’Espagne. J’allais louer près de là, dans une rue fort tranquille une petite maison qui me convenait parfaitement, où j’avais une charmante chambre à coucher. J’avais visité toute la maison depuis le haut jusqu’en bas ; j’avais même examiné les cours des maisons voisines sans rien apercevoir qui pût m’inquiéter. Je pensai donc ne pouvoir entendre d’autre bruit que le bruit bien léger d’une petite fontaine placée dans la cour, et, dans mon enchantement, je m’empressai de payer le premier mois d’avance. Bien joyeuse, je me couche dans une quiétude parfaite ; à deux heures du matin, voilà que j’entends un bruit infernal précisément derrière ma tête ; ce bruit était si violent, que la gouvernante de ma fille, qui couchait deux chambres plus loin que la mienne, en avait été réveillée. Dès que je suis levée, je fais venir mon hôtesse pour lui demander la cause de cet horrible vacarme, j’apprends que c’est le bruit d’une pompe attachée à la muraille près de mon lit : les blanchisseuses, ne pouvant blanchir le linge pendant le jour, attendu l’extrême chaleur, ne venaient à cette pompe que la nuit. On imagine que je m’empressai de quitter cette charmante maison.
(Elisabeth Vigée Le Brun, "Souvenirs 1755-1842", Honoré Champion éditeur, Paris, 2008, pp. 367-369.)

Paris – 27 mars 1790
Bientôt nous entrâmes dans le faubourg Saint-Antoine. Nous y vîmes des rues étroites, malpropres, des maisons hideuses et un monde déguenillé. Est-ce bien Paris? me demandais-je, ce Paris qui de loin m'avait paru si beau ?...
Mais la scène changea lorsque nous arrivâmes sur le quai: édifices splendides, grandes maisons à six étages, riches magasins. Quelle foule variée! Quel bruit!
Les voitures semblent courir l'une après l'autre; on crie "Gare! gare!" et le public s'agite
comme une mer houleuse. Tout ce fracas, cette bigarrure, cette animation produisent sur moi un effet indicible. Il me semblait que je n'étais qu'un grain de sable tombé dans un torrent vertigineux ou saisi dans un tourbillon.
(Nicolaï Karamzine, "Lettres d’un voyageur russe", Quai Voltaire, Paris, 1991, p. 123.)

Paris – avril 1790
Il y a les vieux et les nouveaux boulevards. Les premiers sont de rendez-vous du luxe et de l’élégance. […]
Des voitures sans nombre vont et viennent sans cesse, laissant apercevoir à leurs portières des figures jeunes ou vieilles, belles et laides, et ainsi de suite. Enfin, pour clore dignement tout ce pêle-mêle bigarré, on y voit de temps à autre parader un détachement de la garde impériale. Croiriez-vous que j’ai mis toute une journée à parcourir cette partie tumultueuse des vieux boulevards. […]
Les nouveaux offrent un tout autre aspect. Ici l’air est plus pur, les allées sont bien venues ; mais il y a peu de monde. On n’y entend ni fracas de voitures, ni bruit de chevaux, ni chants, ni musique ; on ne voit pas d’élégants à la tête poudrée, ni de coquettes au visage peint ou émaillé. […]
Mais revenons à la partie tapageuse de la capitale. […] dans toutes les rues (on en compte jusqu’à mille), c’est toujours la même cohue et le même bruit. A dix et onze heures du soir, tout est encore sur pied, tout se meut et s’agite. A partir de minuit, l’animation diminue. Mais dès quatre heures du matin, les ouvriers, les Savoyards, les journaliers reparaissent, et peu à peu la ville semble renaître et recommence son train de vie comme la veille.
(Nicolaï Karamzine, "Lettres d’un voyageur russe", Quai Voltaire, Paris, 1991, pp. 132-133.)

Venise – XVIIIè
L'apport de l'eau par bateaux ne suffisait pas toujours. Particulièrement pendant la seconde moitié du XVIIIè siècle, du à une détérioration du climat de la Vénétie, les sécheresses se multiplièrent, même en hiver. Il fallait rationner l'eau et ses distributions étaient annoncées au son des cloches de la ville.
(Fernand Braudel, "Venise", Arthaud, Paris, 1984, p. 22).

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