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Le Midi
Ce n'est peut-être pas un hasard que ce soient les peintres du Nord qui, éblouis, ont essayé de rendre la lumière du midi méditerranéen et en ont si bien parlé.
Avant que "Matisse ne subisse le choc de la lumière méditerranéenne", rejoignant Cézanne, ce sera Monet et Renoir en décembre 1883 à Bordighera (près de la frontière italienne), ensuite, Monet en janvier 1888 à Antibes, Van Gogh en 1888 aux Saintes-Marie de-la-mer, Croz en 1891 à Ste Clair, Signac en 1892 à St-Tropez, Renoir à Cagnes, Matisse et Derain en 1905 à Collioure, Marquet, Braque, Matisse en 1917 à Nice, etc…
Ils ont lutté avec beaucoup de difficulté pour rendre cette lumière, la mer d'un bleu si intense, les reflets sur l'eau si changeants , "les motifs sont extrêmement difficiles à rendre" écrit Monet , "J'ai du mettre tous les tons de rose et de bleu".

FRANCE
Midi
Tu me parles d'aller dans le Midi. C'est hélas mon plus beau rêve, mais mon cher, sans argent que veux tu faire ? Je crois que j'y travaillerais deux fois plus que dans le Nord où l'hiver est mauvais comme lumière.
(Matisse, lettre Bussy (peintre et ancien élève de Moreau), 31 juillet 1903, in: "Le fauvisme ou "l'épreuve du feu"", catalogue de l'exposition, Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, Editions des musées de la Ville de Paris, 1999, p. 422.)

Collioure (port de pêche catalan)
Ce pays-ci, ce sont des gens, la tête bronzée avec des couleurs de peau chrome, orange, culottée; des barbes noires bleutées.
Ce sont des femmes, de très beaux gestes, avec des caracos noirs, des mantes; puis des poteries rouges, vertes ou grises, des ânes, des bateaux, des voiles blanches, des barques multicolores. Mais c'est la lumière, une lumière blonde, dorée, qui supprime les ombres. C'est un travail affolant. Tout ce que j'ai fait jusqu'ici me semble stupide.
(Derain, lettre à Vlaminck, juillet 1905, in: "Le fauvisme ou "l'épreuve du feu"", catalogue de l'exposition, Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, Editions des musées de la Ville de Paris, 1999, p. 428.)

Collioure
Un point sur lequel mon voyage m'a servi: une nouvelle conception de la lumière qui consiste en ceci: la négation de l'ombre. Ici, les lumières sont très fortes, les ombres très claires. L'ombre est tout un monde de clarté et de luminosité qui s'oppose à la lumière du soleil, ce qu'on appelle des reflets. Nous avions, jusqu'à présent, négligé tout cela tous les deux [Matisse et lui] et, dans l'avenir, pour la composition, c'est un regain d'expression.
(Derain, lettre à Vlaminck, 28 juillet 1905, in: "Le fauvisme ou "l'épreuve du feu"", catalogue de l'exposition, Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, Editions des musées de la Ville de Paris, 1999, p. 428.)

Estaque
Ici, la lumière est plutôt plus claire qu'à Collioure, mais aussi douce.
(Derain, lettre à Matisse, 2 août 1906, in: Rémi Labrusse et Jacqueline Munck, "Matisse-Derain - La vérité du fauvisme", Hazan, Paris, 2005, p. 240.

Nice
[En mai 1918, Matisse s'installe à la villa des Alliers. Il fait part à Camoin de sa difficulté de peindre la lumière du midi] J'ai travaillé tous ces temps en plein soleil de 10 h à midi et je m'en trouvais crevé pour la journée. Je vais changer mes heures – dès demain je commence à 6 heures et demi ou 7 heures. Je pense avoir une bonne heure, peut-être 2, de travail. Les oliviers sont si beaux à cette heure. Le plein midi est superbe mais effrayant. Je trouve que Cézanne l'a bien rendu dans ses rapports, heureusement pas dans son éclat qui est insoutenable. J'ai fait tout à l'heure une sieste sous un olivier et tout ce que je voyais était d'une couleur et d'une douceur de rapports attendrissantes, il me semble que c'est un paradis qu'on n'a pas le droit d'analyser. Et pourtant on est peintre nom de dieu!
Ah c'est un beau pays Nice! Quelle lumière tendre et moelleuse malgré son éclat. Je ne sais pourquoi je la rapproche souvent de celle de la Touraine. Celle de la Touraine est un peu plus dorée, celle d'ici est argentée. Même que les objets qu'elle touche sont très colorés comme les verts par exemple. Je me suis souvent cassé la gueule.
(Matisse, lettre à Camoin, 23 mai 1918, in: "Ecrits et propos sur l'art", Hermann, Paris, 1972, p. 109.)

Nice
Quand j'ai compris que chaque matin je reverrais cette lumière, je ne pouvais croire à mon bonheur. La quête de la couleur ne m'est pas venue de l'étude d'autres peintures, mais de l'extérieur, c'est-à-dire, de la révélation de la lumière dans la nature.
(Matisse, propos cités par Georges Salle, préface du catalogue de l'exposition Henri Matisse, Nice, 1950, in: "Ecrits et propos sur l'art", Hermann, Paris, 1972, p. 123.)

Nice
La plupart viennent ici pour la lumière et le pittoresque. Moi, je suis du Nord. Ce qui m'a fixé, ce sont les grands reflets colorés de janvier, la luminosité du jour.
(Matisse, in: Yves Bridault, "J'ai passé un mauvais quart d'heure avec Matisse", Art n°371, 13 août 1952, in: "Ecrits et propos sur l'art", Hermann, Paris, 1972, p. 123.)

Nice
Voulez vous que je vous dise ? Nice... Pourquoi Nice ? Dans mon art, J'ai tenté de créer un milieu cristallin pour l'esprit : cette limpidité nécessaire, je l'ai trouvée en plusieurs lieux du monde, à New York, en Océanie, à Nice. Si j'avais peint dans le Nord, comme il y a trente ans, ma peinture aurait été différente : il y aurait eu des brumes, des gris, des dégradations de la couleur par la perspective. Tandis qu'à New York, les peintres, là bas, disent : "On ne peut pas peindre ici avec ce ciel en zinc !" En réalité, c'est admirable. Tout devient net, cristallin, précis, limpide. Nice, en ce sens, m'a aidé. Comprenez bien, ce que je peins, ce sont des objets pensés avec des moyens plastiques: si je ferme les yeux, je revois les objets mieux que les yeux ouverts, privés de leurs petits accidents, c'est cela que je peins...
(Aragon, "Henri Matisse, roman", Gallimard, Paris, 1971.)

Nice
[Pourquoi la ville de Nice vous retient-elle? Lui demande à la radio son interlocuteur]: Parce que, pour peindre mes tableaux, j'ai besoin de demeurer sous les mêmes impressions plusieurs jours de suite et je ne peux le faire que dans l'atmosphère de la Côte d'Azur.
[…] Les pays du Nord Paris notamment, une fois qu'ils ont développé l'esprit de l'artiste par l'ardeur de sa vie collective et la richesse de ses musées, n'offre plus qu'un climat variable pour y travailler comme je le comprends. De plus la richesse et la clarté argentée de la lumière de Nice surtout dans la belle période de janvier me paraît unique et indispensable à l'esprit d'un artiste plastique.
(Matisse, entretien radiophonique de 1942, in: "Ecrits et propos sur l'art", Hermann, Paris, 1972, p. 104.)

Nice
Beaucoup d'étrangers viennent y passer l'hiver, qui communément y est peu sensible: c'est le plus beau ciel de l'Italie, et peut-être de l'Europe. [Nice ne sera rattaché à la France qu'en 1860]
(La Roque, "Voyage d'un amateur des arts en France,…" par M. de la Roque, Amstredam, 1783, t. I, in: Jean M. Goulemot, Paul Lidsky et Didier Masseau, "Le voyage en France – anthologie des voyageurs européens en France, du Moyen Age à la fin de l'Empire", Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1995, p. 1026.)

Vence
Ici c'est un pays où la lumière joue le premier rôle, la couleur vient après; c'est avec la couleur que l'on traduit cette lumière, bien entendu, mais il faut avant tout sentir cette lumière, l'avoir en soi, on peut y arriver avec des moyens qui paraissent tout à fait paradoxaux, mais qu'importe, c'est le résultat qui compte seul. J'étais en Corse cette année, c'est en allant dans ce pays merveilleux que j'ai appris à connaître la Méditerranée, là-bas j'étais ébloui: tout brille, tout est couleur, tout est lumière.
(Matisse, "Ecrits et propos sur l'art", Hermann, Paris, 1972, p. 104.

Marseille
Barcelone, Marseille et Gênes sont de vraies sœurs. La même âme joyeusement active, d'une grande force et pétrie d'un noble orgueil anime ces trois villes. Le même ciel les couvre et elles se mirent dans les mêmes eaux.
(Enrique Gomez Carrillo: "De Marsella a Tokio, Sensaciones et Egipto, la India, la China y el Japon", Garnier Hermanos, Paris, 1900, [trad. Jean M. Goulemont], in: Jean M. Goulemot, Paul Lidsky et Didier Masseau, "Le voyage en France – anthologie des voyageurs européens en France, aux XIXè et XXè siècles", Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1997, p. 285.)

Marseille
Un trait frappant de tout ce pays, c'est l'affaiblissement des couleurs; la lumière est si vive qu'elle les éteint. De ma chambre haut perchée, je regardais ce matin les toits et les tuiles, d'un roux pâle, comme cuites lentement et à demi. La poussière blanchit les feuilles des platanes, partout, dans la campagne et dans les villes environnantes, les murs prennent une teinte blafarde et uniforme, comme de poussière collée.
(Hippolyte Taine, "carnets de voyage – notes sur la province 1863-1865", Librairie Hachette et Cie, Paris, 1913, p. 204.)

Marseille
Avant-hier au soleil couchant, la mer semblait un miroir poli entre deux bordures d'ébène; la lumière rejaillissait d'un seul élan comme d'une plaque unie d'argent ou d'acier.
(Hippolyte Taine, "carnets de voyage – notes sur la province 1863-1865", Librairie Hachette et Cie, Paris, 1913, p. 200.)

Aix en Provence
L'hôtel, grâce aux stores et aux volets fermés pour empêcher que pénètrent la lumière et la chaleur, était agréable et aéré le lendemain matin, et la ville était très propre, mais si chaude et intensément lumineuse que lorsque je sortis, à midi, c'était comme si je passais soudain d'une pièce où l'on avait fait le noir dans un feu de Bengale ardent. L'air était tellement transparent que les collines lointaines et les pics rocheux semblaient à moins d'une heure de marche, tandis que l'agglomération toute proche (en raison d'une sorte de vent bleuté entre elle et moi), semblait être chauffée à blanc et rayonner sur toute sa surface une atmosphère de feu.
(Dickens, "Images d'Italie", [traduit de l'anglais par Henriette Bordenave], Avignon, Ed. Barthélémy, 1990, in: Jean M. Goulemot, Paul Lidsky et Didier Masseau, "Le voyage en France – anthologie des voyageurs européens en France, aux XIXè et XXè siècles", Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1997, pp. 131-132.)

St-Tropez
Cros parle à Signac du charme de la lumière de St-Tropez, noyant, envahissant tout. (Cros, lettre à Signac, 1892.)

Sète
Une sensation poursuit l'œil dans ces villes et villages du Midi: celle du gris sur le blanc et dans la lumière. Cette est extraordinaire à cet égard; au-dessus d'une rue blanche, poudroyante et d'une âpre illumination répandue dans l'air, parmi les jaillissements subits de clarté qui, aux angles, semblent des poignées de rayons, et sous cette bande d'azur triomphant qui là-haut fait arcade, les maisons semblent une boue collée et recuite par les coups de soleil. Rien de terne comme ces parois grises, incrustées de poussière ancienne, percées de rares fenêtres, couvertes de tuiles plates.
(Hippolyte Taine, "carnets de voyage – notes sur la province 1863-1865", Librairie Hachette et Cie, Paris, 1913, pp. 310-311.)

ITALIE
Lac de Garde Dans cette lumière vive et douce de ces rives, qui enchanta si fort Goethe.
(Jean Clair, "Le voyageur égoïste", Editions Payot & Rivages, Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs, Paris, 1999, p. 91.)

Brescia
La rue est baignée de cette lumière blanche irréelle ; quelque chose comme un super clair de lune.
[…] Cette lumière dont je n’ai jamais vu la pareille, sauf au théâtre.
(Jean Giono, “Voyage en Italie“, NRF Gallimard, Paris, 1953, p. 53.)

Turin - 14 avril 1888
[…] Et puis: apercevoir les Alpes du centre de la ville! Ces longues artères qui semblent conduire en ligne droite vers les augustes cimes enneigées! Air sublimement serein et limpide. Je n'aurais jamais cru que grâce à la lumière une ville puisse devenir aussi belle.
(Friedrich Nietzsche, in: "Turin. Un portrait vivant", Lindau, Turin, 1993, p. 118.)
Après les Alpes, la lumière est vive et brillante.
(De Luca, communication personnelle, 2003.)

Milan
Nous arrivons à Milan à midi. […] Nous avons faim, il fait lourd, et la lumière est aveuglante.
(Jean Giono, "Voyage en Italie", NRF Gallimard, Paris, 1953, p. 37.)

Florence
Le ciel, la ville et les coteaux s'enveloppent d'une mousseline de lumière: non pas un voile de vapeurs, même légères, mais une onde de transparente clarté.
(André Suarès, "Le voyage du Condottière", Livre de Poche, biblio, n° 3259, Granit, Paris, 1984, p. 325.)

Todi
Quel silence. Quelle bonne solitude. Pas un étranger à Todi. Le ciel est blanc dans le soleil, et du bleu le plus cru sur les créneaux dans l'ombre.
(André Suarès, "Le voyage du Condottière", Livre de Poche, biblio, n° 3259, Granit, Paris, 1984, p. 405.)

Rome
La lumière qui éclaire les monuments de Rome est différente de celle que nous avons à Paris. De là, une foule d’effets et une physionomie générale qu’il est impossible à rendre par des paroles.
C’est surtout à l’Ave Maria, quand le soleil vient de se coucher et que toutes les cloches sont en mouvement, que vous trouverez à Rome des effets de lumière que je n’ai jamais vus à Paris.
(Stendhal : " Manière de voir Rome en dix jours ", NRF Gallimard, bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1973, p. 1187.)

Rome - Monte Pincio
Ce qui fit ma joie ce jour-là, c'est quelque chose comme l'amour – et ce n'est pas de l'amour – ou du moins pas celui dont parlent et que cherchent les hommes. […] Ecrirais-je, et me comprendras-tu si je dis que ce n'était là que la simple exaltation de la LUMIERE ? J'étais assis dans ce jardin; je ne voyais pas le soleil; mais l'air brillait de lumière diffuse – comme si l'azur du ciel devenait liquide et pleuvait. Oui vraiment, il y avait des ondes, des remous de lumière; sur la mousse des étincelles comme des gouttes; oui vraiment, dans cette grande allée on eut dit qu'il coulait de la lumière, et des écumes dorées restaient au bout des branches de ce ruissellement de rayons.
(André Gide, "Les nourritures terrestres", Mercure de France, Paris, 1897, in, "Rome et l'Italie méridionale vue par les grands écrivains et les voyageurs célèbres", Mercure de France, Paris, 1914, pp. 26-27.)

Rome – 10 janvier 1804
Rien n'est comparable pour la beauté aux lignes de l'horizon romain, à la douce inclinaison des plans, aux contours suaves et fuyants des montagnes qui le terminent. Souvent les vallées dans la campagne prennent la forme d'une arène, d'un cirque, d'un hippodrome; les coteaux sont taillés en terrasses, comme si la main puissante des Romains avoit remué toute cette terre. Une vapeur particulière, répandue dans les lointains, arrondit les objets et dissimule ce qu'ils pourroient avoir de dur ou de heurté dans leurs formes. Les ombres ne sont jamais lourdes et noires; il n'y a pas de masses obscures de rochers et de feuillages, dans lesquelles il ne s'insinue toujours un peu de lumière. Une teinte singulièrement harmonieuse, marie la terre, le ciel et les eaux: toutes les surfaces, au moyen d'une gradation insensible de couleurs, s'unissent par leurs extrémités, sans qu'on puisse déterminer le point où une nuance finit et où l'autre commence. Vous avez sans doute admiré dans les paysages de Claude Lorrain, cette lumière qui semble idéale et plus belle que nature? eh bien, c'est la lumière de Rome.
(Chateaubriand, lettre à M. de Fontanes, in: "Voyage en Italie", Librairie Droz, Genève, 1968, pp. 126-127)

Rome
A Rome, il est ridicule de n'être pas tout à fait heureux, car le bonheur est dans la lumière et celle de Rome est plus légère que nulle autre au monde …
(Julien Green, "Ville (Journal de voyage 1920-1984), Editions de la Différence / Birr, Paris, 1985, p. 183.)

Rome
Quelle parole sera plus heureuse que celle de la lumière? Je me rappelle les nuits de Pétersbourg, son printemps boréal, tendu sur les îles, et le vaisseau du jour, chaviré dans sa course. Les nuits blanches répandent une lumière diffuse; nulle ombre portée ne dessine un pli sur le rideau du monde; la clarté toute en nappe, atténuant les choses, délivre leur mystère.

[…] Sans doute, on trouve rarement à Rome la confusion de l'ombre et de la lumière comme deux colombes dans leur baiser l'une à l'autre mêlées. Pareil à un calme chien de garde au seuil des demeures, un jour équanime s'étend sur toutes choses. La lumière ici sculpte bien plus qu'elle ne peint. Prêtresse du solide. Elle manque à sa mission orphique de ramener du royaume des morts une ombre voilée de brume comme d'un long vêtement de lin, tout étonnée que les fleurs violettes de ses doigts s'unissent encore à la main du soleil. Elle y manque, du moins, pour les yeux qui surent mal connaître certains soirs du Colisée et de l'Aventin...
Triomphante dans le Nord par le mystère, la lumière l'est ici par la grâce. Le mystère sert notre bonheur en proposant à l'esprit cette image infinie de lui même que les paysages du monde méridional, arrêtés dans leurs formes, lui offrent rarement. La grâce à son tour, comme elle ne va jamais jusqu'au terme d'un mouvement, et ne le marque pas d'un caractère extrême, qui empêcherait sa fusion avec le suivant, et sa transformation, figure la vie spirituelle dans son intarissable jaillissement. En harmonisant les mouvements, elle semble les prolonger l'un par l'autre, et les illimiter. Cette compagne des dieux et des déesses est engendrée par la lumière méditerranéenne : car elle réside dans les contours et les lignes, qu'une atmosphère de sécheresse est seule à nous faire voir.
La lumière du Nord fond les choses, elle les unit, elle les confond, et les exile d'elles-mêmes; elle place dans le retentissement l'un sur l'autre de leurs masses, leur raison d'être, et ce rêve qu'elles soulèvent. La lumière latine les isole. Les courbes de la vie naissent désormais des corps. L'univers dans chacune de ses formes tout entier s'achève, comme la mer répercute ses volutes aux replis d'une conque.
(Christian Beck, "Le Papillon", Paris, 1910, in, "Rome et l'Italie méridionale vue par les grands écrivains et les voyageurs célèbres", Mercure de France, Paris, 1914, pp. 27-29.

Naples
La lumière y est dorée et chaude, c'est pas encore l'Afrique, mais déjà plus chaud
(Suzanne Giovannini, architecte, communication personnelle, 2003.)

Palerme – 1911
Il est en Sicile, une volupté de chaque heure, à laquelle on s’habitue grâce à sa constance, envers laquelle on se montre même de l’ingratitude la plus noire. Et c’est la qualité, les qualités indéfiniment changeantes de la lumière. De la fenêtre de ma chambre, à Palerme, je vois, droit devant moi, le mont Cuccio, qui est aussi effilé qu’une pointe de triangle. A quelque heure du matin, du jour ou du soir que je l’ai regardé, il a toujours offert à mes yeux les plus diverses apparences, tantôt donnant presque à compter ses pierres et ses arbres, tantôt ne formant qu’une masse bleue, tantôt tout diapré à l’infini des nuances. La pureté de l’air, l’éclat du soleil sont tels que rien ne peut échapper au regard, et que, au moindre mouvement, marche insensible mais continue de l’astre, déplacement des frondaisons sur la brise, tout change, vibre autrement, retourne ses effets et bouleverse ses valeurs.
(André Maurel, "Petites villes d’Italie IV Calabre - Sicile", Hachette et Cie, Paris, 1911, pp. 232-233)

PENINSULE IBERIQUE
Espagne L'Aragon, du côté de la France, n'est guère accessible que par points, la vallée d'Aure, dans les Hautes Pyrénées, et la vallée d'Aspe, d'où je partis par une matinée de juin.
Je recommande le passage de la vallée d'Aspe à quiconque veut voir l'un des plus curieux passages des Pyrénées. Quand on à franchi le dernier sommet du port de Paillette (situé à 1 km du col de Somport) limite des deux royaumes, d'un pas on croirait avoir sauté cinq cents lieues, tant est brusque, saisissant, le changement à vue qui s'opère dans le sol et dans le ciel. Un immense horizon se déroule: aux gorges humides et noirâtres du versant français succèdent des masses nues d'une éblouissante blancheur. Le contraste n'est pas moins rapide dans l'atmosphère que dans les paysages. Les brumes pluvieuses que le vent d'ouest refoule sur le versant français y sont retenues par la raréfaction de l'air supérieur, de sorte qu'en dépassant la dernière crête, on se sent comme inondé de clarté. C'est le ciel d'Orient à deux pas du ciel de Hollande. L'Aragon, humble torrent qui donna son nom à un empire, prend naissance au sommet du port, non loin des ruines de Sainte Christine, ancien monastère d'hospitaliers.
(Gustave d'Alaux, "L'Aragon pendant la guerre civile", 1838, p. 572, in: "Bartolomé et Lucile Bennassar, "Le voyage en Espagne Anthologie des voyageurs français et francophones du XVIè au XIXè siècle", Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1998, p. 603.)

Madrid, 14 octobre 1846
Décidément, madame, Madrid est la ville des miracles. Je ne sais pas si Madrid a toujours de pareilles illuminations, de pareils ballets, de pareilles femmes, mais ce que je sais, c'est qu'il me prend de terribles envies, maintenant que, grâces aux précautions prises, mon existence matérielle est assurée, de me faire naturaliser Espagnol et d'élire domicile à Madrid.
Qui n'a pas vu le Prado illuminé hier soir, ne se doute pas de ce que c'est qu'une illumination ; qui n'a pas vu à la lueur de ces illuminations passer les vingt charmantes femmes dont je pourrais vous dire les noms, ne se doute pas de ce que c'est qu'une réunion de fées ; qui n'est pas entré au théâtre du Cirque et n'a pas vu danser le jaleo de Xérès à la Guy Stephen, ne se doute pas de ce que est que la danse.
Je pourrais ajouter : qui n'a pas vu combattre Romero, ne se doute pas de ce que c'est que le courage ; mais je reviendrai sur ce dernier chapitre, tandis qu'au contraire je vais épuiser les trois premiers. Hier, madame, en quittant le palais, je me fis conduire au Prado.
Sa longue avenue, pareille à celle des Champs Elysées, était en flammes ; seulement ces flammes, au lieu de figurer les festons traditionnels et les accolades officielles du 1er mai et du 29 juillet, jaillissaient sous toutes les couleurs et affectaient toutes les fomes : cathédrales, fleurs, châteaux gothiques, palais moresques, guirlandes, étoiles, soleils ; on eût dit que notre système planétaire tout entier s'était groupé pour donner une fête à notre pauvre globe. Je n'ai rien vu de pareil, excepté la fête de la Luminara de Pise.
(Alexandre Dumas, "Impressions de voyage – de Paris à Cadix", Calmann Lévy, Paris, 1897, pp. 128-129)

Lisbonne
Nous traversions le Tage sur un de ces bateaux délabrés, sales et si plaisants qui assuraient la liaison avec l'autre rive, Cacilhas. Là, marchant le long des quais, nous admirions la Lisbonne des Maures et de Pombal, gorgés de lumière, bavard en diable.
(Joaquim Vital, "Adieu à quelques personnages", Editions de la Différence, coll. Littérature, Paris, 2004, p. 20.)

La Grèce
Les Grecs avaient le privilège d'habiter un pays tellement inondé, tellement abreuvé, tellement saturé de lumière, tellement défini par sa propre structure, que les yeux de l'homme n'ont qu'à s'ouvrir pour en dégager la loi. Quand il pénètre dans un golfe fermé par un amphithéâtre de montagnes, entre le ciel illuminé et l'eau qui roule des rayons comme si une source de flamme s'épanchait sous ses vagues, il est au centre d'un saphir un peu sombre, enchâssé dans un cercle d'or. Les masses et les lignes s'organisent si simplement, découpant des profils si nets sur la limpidité de l'étendue, que leurs relations essentielles s'écrivent toutes seules dans l'esprit. Pas de contrée au monde qui s'adresse à l'intelligence avec plus d'insistance, de force, de précision que celle là. Tous les aspects typiques de l'univers s'offrent avec la terre, partout pénétrée par la mer, avec l'horizon maritime, les îles osseuses, les détroits dorés et mauves entre deux masses liquides étincelant jusqu'au coeur de la nuit, les promontoires si calmes et si nus qu'ils semblent des socles naturels pour notre âme reconnaissante, les rochers répétant du matin au soir tous les changements de l'espace combinés avec la marche du soleil, les forêts sombres dans les montagnes, les forêts pâles dans les vallées, les collines environnant de toutes parts les plaines sèches, les rivières bordées de lauriers roses dont on peut embrasser le cours tout entier d'un coup d'oeil.
(Elie Faure, "Histoire de l'art – l'art antique", Librairie Plon, Paris, 1939, p. 105.)

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