le toucher des sols

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Madrid – 1659
Les rues sont pour la plupart larges, mais je ne crois pas que jamais on en ait ôté un tombereau de boue, tant il y en a partout, et si infecte à cause des ordures que l'on y jette, que je crois que c'est pour ce sujet que les Espagnols ont tant de soin d'avoir du parfum. L'hiver les carrosses ont à cause de cela grande peine à y aller ; car outre les grands ruisseaux, qui sont composés d'une boue fort épaisse, il y a en beaucoup d'endroits des buttes d'autre boue plus sèche, qui sont là apparemment dès le temps de Charles Quint. L'été, cette boue se sèche et fait une quantité de poussière effroyable, de façon qu'il ne paraît en aucune saison que les rues soient pavées, encore qu'elles le soient.
(François Bertaut, "Journal du voyage d'Espagne", cité dans in: "Bartolomé et Lucile Bennassar, "Le voyage en Espagne Anthologie des voyageurs français et francophones du XVIè au XIXè siècle", Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1998, p. 326)

Bordeaux - 1669
Je fus faire des visites en chaise parce que les boues sont extraordinaires
(Claude Perrault, "Mémoires de ma vie", 1669, cité dans Louis Desgraves, "Voyageurs à Bordeaux du dix-septième siècle à 1914", Mollat éditeurs, 1991, p. 37)

Londres – 1708
La vilaine, épaisse et puante fumée du charbon, et le pavé pointu dans la plus grande partie de la ville sont deux autres reproches qu'on fait à Londres. J'avoue qu'il n'y a point de remède au premier, mais bien au second, si l'on voulait.
(Guy Miège, "L'Etat présent de la Grande-Bretagne", 1708., in: Jacques Gury, "Le voyage outre-Manche – anthologie de voyageurs français de Voltaire à Mac Orlan – du XVIIIè au XXè siècle, Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1999, pp. 161-162)

Paris - 1727
... En temps humide et mauvais je ne conseille à personne de se mettre proprement, la moindre pluie rend les rues de Paris presque impraticables, à cause de la bourbe dont elles sont pleines, laquelle s'augmente sans cesse par la multitude de ceux qui vont et viennent.
(J.C. Nemeitz, "Séjour de Paris", Leyden, 1727, p. 116, cité dans: Arlette Farge, "Vivre dans la rue à Paris au XVIIè siècle", Gallimard, coll. Folio Histoire n°43, Paris, p. 17)

Venise – août 1739
Les rues, sans nombre, sont étroites à ne pouvoir passer à deux de front sans se coudoyer ; toutes pavées de pierres plates, ce qui les rend glissantes à l’excès à la moindre pluie.
(Président de Brosses, Lettre XVI, "Lettres d’Italie", Mercure de France, Paris, 1986, p. 237)

Florence – octobre 1739
Les rues sont assez larges et droites, toutes pavées de grosses pierres de taille, disposées irrégulièrement en tous sens à la manière du pavé des anciens chemins romains, ce qui est commode pour les gens à pied, mais détestable pour les chevaux et pour ceux qui vont en carrosse, à cause du méchant entretien de ce pavé qui ne fait pas de petites ornières quand il est une fois rompu.
(Président de Brosses, Lettre XXIII, "Lettres d’Italie", Mercure de France, Paris, 1986, p. 338)

Lucques – octobre 1739
Le pavé de la ville, tout de pierre piquée pour la commodité des chevaux, est néanmoins le plus beau qu’on puisse trouver.
(Président de Brosses, Lettre XXVII, "Lettres d’Italie", Mercure de France, Paris, 1986, pp. 386-387)

Naples – novembre 1739
La rue de Tolède est certainement la plus longue et la plus belle rue qui soit dans aucune ville de l’Europe mais quoi ! elle est indignement défigurée par un demi-pied de boue.
(Président de Brosses, Lettre XXXI, "Lettres d’Italie", Mercure de France, Paris, 1986, p. 433)

Paris - 1782
Il est amusant de voir un Parisien traverser ou sauter un ruisseau fangeux avec une perruque à trois marteaux, des bas blancs et un habit galonné, courir dans de vilaines rues, sur la pointe du pied, recevoir le fleuve des gouttières sur un parasol de taffetas. Quelles gambades ne fait pas celui qui a entrepris d'aller au faubourg Saint-Jacques, dîner au faubourg Saint-Honoré, en se défendant de la crotte, et des toits qui dégouttent! Des tas de boue, un pavé glissant, des essieux gras, que d'écueils à éviter! Il aborde néanmoins, à chaque coin de rue, il a appelé un décrotteur. Il en est quitte pour quelques mouches à ses bas.

(Louis Sebastien Mercier, "Tableau de Paris", tome 1, "art. "Ruisseaux", (1782), Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1990, pp. 46-47.)

Paris – 1789
Une voiture est indispensable ici, au moins pour nous autres étrangers; mais les français savent d'une façon merveilleuse marcher au milieu des saletés sans se salir; ils sautent artistement de pavé en pavé, et se garent dans les boutiques des voitures qui vont vite. L'illustre Tournefort, qui avait fait presque le tour du monde, après être revenu à Paris, fut écrasé par un fiacre, parce que durant son voyage il avait désappris l'art de bondir comme un chamois dans les rues, talent indispensable pour tous ceux qui vivent ici .
(N. Karamzine, "Voyages en France, 1789-90", A. Legrelle, Paris, 1885, p.89, cité dans: Arlette Farge, "Vivre dans la rue à Paris au XVIIè siècle", Gallimard, coll. Folio Histoire n°43, Paris, p. 18)

Rome – 1789
C’est à Saint-Jean de Latran que le peuple monte à genoux les vingt-huit degrés qui précèdent le portail.
(Elisabeth Vigée Le Brun, "Souvenirs 1755-1842", Honoré Champion éditeurs, Paris, 2008, p. 376)

Bordeaux - 1801
Quant à l'aspect extérieur de la ville, toutes les rues, petites ou grandes, sont propres, mais presque toutes mal pavées. Il n'y a pas le bruit, la confusion et les encombrements de la capitale.
(Lorenz Meyer, cité dans Louis Desgraves, "Voyageurs à Bordeaux du dix-septième siècle à 1914", Mollat éditeurs, 1991, p. 108)

Rome – 18 août 1817
Le pape sort de Saint-Pierre, porté par ses estafiers sur un immense brancard […] Dès le grand matin les avenue de la place de saint-Pierre sont sablées, nettoyées, les maisons tendues de tapisseries. […] [plus loin] Sur un pavé sablé et jonché de feuilles de laurier, ont défilé d’abord cinq ou six ordres de moines gris, puis…
(Stendhal, "Rome, Naples et Florence", in : Christian Beck, "Rome et l’Italie méridionale vues par les grands Ecrivains et les Voyageurs célèbres", Mercure de France, Paris, 1914, pp. 43-44)

Poitiers – 1 mai 1819
Les rues de cette ville sont étroites, d’une pente rapide, les maisons mal bâties, et le pavé si affreux que je crus que nous y laisserions une partie de la voiture.
(Henrica Rees Van Tets, "Voyage d’une Hollandaise en France en 1819", Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1966, p. 50)

Pau – 22 mai 1819
La ville est irrégulière et mal bâtie ; les rues construites en petits cailloux qui font souffrir en marchant.
(Henrica Rees Van Tets, "Voyage d’une Hollandaise en France en 1819", Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1966, p. 71)

Toulouse – 12 juin 1819
C’était aujourd’hui la Fête-Dieu, et à cette occasion j’ai vu une procession qui mérite d’être retracée. Elle s’assembla dans l’église de Saint-Etienne, et lorsqu’elle en sortit, elle s’arrangea sur place devant notre hôtel, d’où je pouvais la voir à merveille. Toutes les différentes paroisses y avaient envoyé leurs prêtres, et leurs croix ; le nombre des premiers monta à 630. Le Parlement en robes rouges, les Cours de Justice, le Préfet, le Maire, les corps d’officiers de la garnison, enfin toutes les autorités civiles et militaires, avec cela un groupe d’enfants habillés en pèlerins et pèlerines, en anges, en ermites, en saints et en saintes.
[…] Toutes les rues par où la procession devait marcher, étaient tendues de tapisseries, et de toiles passaient d’une maison à l’autre pour défendre contre l’ardeur du soleil : les rues jonchées de fleurs et de feuilles et c’est surtout à l’approche de la procession, qu’on s’empressait de jeter des feuilles fraîches. Du reste on ne voyait nul signe de dévotion, personne ne priait, on riait, on causait, et le tout avait un air de fête mondaine.
(Henrica Rees Van Tets, "Voyage d’une Hollandaise en France en 1819", Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1966, pp. 108-109) [le texte original a été écrit en français]

Valence – 1819
Valence est vaste, bien bâtie et ses rues sont sablées.
(François Jaubert de Passa, ″Souvenirs du voyage de mission en Espagne en 1819″, cité dans in: "Bartolomé et Lucile Bennassar, "Le voyage en Espagne Anthologie des voyageurs français et francophones du XVIè au XIXè siècle", Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1998, p. 662)

Florence – novembre 1821
Les toits des maisons qui sont sans corniche saillent généralement de 2, 3, 4, 5 pieds et les gouttières projettent l’eau de pluie de cette façon à peu près dans le milieu des rues, ce qui est une vraie calamité pour les piétons que ni bottes, ni manteaux, ni parapluies, ni rien ne peut tenir à sec au travers le liquide impétueux qui l’assaillit et rebondit de toutes parts.
(André Jacopssen, "Itinéraires d’un Brugeois en Italie et en Sicile (1821-1823)", Librairie Droz S.A., Genève, 2008, p. 58)

Pise – 10 décembre 1821
Larges rues embellies de bâtiments de la plus agréable architecture dont le coup d’œil est magnifique ; rues pavées de larges dalles unies et commodes.
(André Jacopssen, "Itinéraires d’un Brugeois en Italie et en Sicile (1821-1823)", Librairie Droz S.A., Genève, 2008, p. 45)

Naples – juillet 1822
Dix lieues avant d’atteindre Naples, l’on éprouve un vrai supplice par les tourbillons épais et continuels de poussière qui s’élèvent sous les pas des chevaux, des hommes et du bétail et sous les roues des voitures. […]
A quelques milles de Naples commence un beau pavé de lave de grandes pierres carrées et l’on sort enfin des brouillards de poussière.
(André Jacopssen, "Itinéraires d’un Brugeois en Italie et en Sicile (1821-1823)", Librairie Droz S.A., Genève, 2008, p. 272)

Tolède - 1835
Les rues sont pavées, mais si mal et de cailloux si inégaux, si aigus, qu'il faudrait, pour y marcher sans péril et sans douleur chausser,
(Charles Didier, "L'Espagne en 1835", cité dans in: "Bartolomé et Lucile Bennassar, "Le voyage en Espagne Anthologie des voyageurs français et francophones du XVIè au XIXè siècle", Robert Laffont, coll. Bouquins, Paris, 1998, p. 583)

Rome - 1836
Nous avons le plus triste temps ; le ciel est gris, il pleut, où est donc ce beau climat d’Italie ? Il y a dans les sales rues de Rome une boue plus puante et plus épaisse encore qu’à Paris.
(E. Viollet le Duc, "Lettres d’Italie 1836-1837 adressées à sa famille", Léonce Laget, Paris, 1971 p. ?)

Tolède – 1840
A Tolède, le pavé est composé de petits cailloux polis, luisants et aigus, qui semblent avoir été placés avec soin du côté le plus tranchant […] et qui fait crier d’angoisse le voyageur accoutumé aux mollesses de l’asphalte Seyssel et aux élasticités du bitume Polonceau.
(Théophile Gautier, "Voyage en Espagne", Fasquelle éditeurs, Paris, 1843, p. 142.)

Bruxelles – 1841
La voie publique semble faite à Bruxelles exclusivement pour les voitures; les piétons ne peuvent y circuler qu’avec des précautions infinies et en quelque sorte par exception. Ici, les accotements ont à peine la largeur nécessaire pour y poser le pied, et il faut un vrai talent d’équilibriste pour s’y maintenir sans vaciller et tomber dans les rigoles qui les bordent d’ordinaire. Là, le trottoir ne peut admettre qu’une personne à la fois, de sorte que lorsque deux passants s’y rencontrent, il faut nécessairement que l’un ou l’autre en descende pour trouver ou donner du passage; grâce à Dieu, cet arrangement se fait d’ordinaire tacitement et même avec une sorte de politesse empressée; mais quelquefois aussi il donne lieu à des disputes qu’il aurait été facile de prévenir en augmentant la largeur du trottoir. Malheur à l’homme distrait ou par trop pressé qui marche sans sonder en quelque sorte du regard les abords de la vie périlleuse qu’il parcourt; à sa droite s’ouvre un soupirail de cave où il court [le] risque de se rompre la jambe; à gauche coule un ruisseau d’eau fangeuse qui menace de le crotter jusqu’à l’échine. Le soir, à l’époque surtout où la lune, cachée derrière les nuages, est censée remplacer la lumière factice des réverbères, c’est bien pis encore: on ne peut faire un pas sans s’exposer à tomber dans un piège, à butter contre un talus, à s’engager dans une trappe. Incedo per ignes et cinere doloso; ce dicton de Virgile s’applique parfaitement au promeneur dans les rues de notre belle capitale; et il serait presque nécessaire d’instituer un cours de gymnastique spéciale pour y échapper aux inconvénients et aux dangers de la circulation pédestre.
("Rapport sur l’éclairage de la voie publique, le mode de pavage, les trottoirs et accotemens, l’indication des noms des rues et le numérotage des maisons. Lu dans la séance du 12 novembre 1838", publié dans Rapports sur les règlements pour la petite voirie de la ville de Bruxelles, Bruxelles, De Delevingne et Callewaert, 1841, p. 28)

Pau 1858
Pau est une jolie ville, propre, d'apparence gaie; mais la chaussée est pavée en petits galets roulés, les trottoirs en petits cailloux aigus: ainsi les chevaux marchent sur des têtes de clous et les piétons sur des pointes de clous. De Bordeaux à Toulouse, tel est l'usage et le pavage. Au bout de cinq minutes, vos pieds vous disent d'une manière très intelligible que vous êtes à deux cents lieues de Paris.
(Hippolyte Taine, "Voyage aux Pyrénées", Librairie Hachette et Cie, neuvième édition, Paris, 1881, p. 62)

Rennes - 1863
Ca et là, hors des grandes rues et dans les faubourgs, subsiste le pavé pointu, exécrable, qui blesse les pieds; ce sont des pierres de toutes formes serrées au hasard.
(Hippolyte Taine, "Carnets de voyage, notes sur la province 1863-65", Librairie Hachette et Cie, Paris, 1913, p. 37)

Toulouse – 1863
Vieilles maisons mal raccommodées, toits en tuiles, pêle-mêle étrange de constructions de tous degrés et de tous styles. Horribles petits pavés pointus, formés de cailloux de rivière, qui blessent les pieds. Mais la joie, la sérénité du ciel, la pureté, le rayonnement de l'azur, sont admirables.
(Hippolyte Taine, "Carnets de voyage, notes sur la province 1863-65", Librairie Hachette et Cie, Paris, 1913, p. 84)

Montpellier - 1864
De grandes bâtisses aveugles, presque sans jours, grisâtres, salies par le temps et roussies par le soleil; souvent, au sommet, une sorte de tour comme en Italie. Des rues étroites ou plutôt des ruelles pavées de cailloux pointus, de morceaux de pierres anguleuses, âpres, tranchantes, qui blessent les pieds; de petits fumiers, des restes de fruits et de légumes au milieu des rues, des enfants sales, au museau barbouillé de vieille crasse; les plus grandes maisons inhospitalières d'aspect, fermées sur le dehors et silencieuses comme des cloîtres.
(Hippolyte Taine, "Carnets de voyage, notes sur la province 1863-65", Librairie Hachette et Cie, Paris, 1913, pp. 192-193)

Rome – 16 janvier 1870
En traversant le Corso, j’aperçois le sol jonché de fleurs et de buis devant la façade de Saint-Marcel […] c’est aujourd’hui la fête de ce saint pape.
(Abbé Roland, "Promenades en Italie", Alfred Mame et fils, éditeurs, Tours, 1876, p. 96)

Paris
Dans cette ville où les hommes sont entassés comme si on avait râtelé une fourmilière, ce qui me frappe, me couvre de froid mortel, c'est la viduité. Sentiment d'une avilissante solitude. Je n'ai pas l'impression qu'un seul de ces êtres humains s'occupe à des travaux naturels. Je sens tout ce à quoi la ville les oblige. Ils sont extérieurement déformés par le contact avec la cruelle matière de leur habitat. Il y en a qui n'ont plus senti de terre sous leurs pieds depuis qui sait combien! La petite peau extra sensible de dessous le pouce du pied et les grands marcheurs la conservent sensible malgré les marches les plus dures ce petit endroit par lequel à mesure qu'on marche on prend connaissance n'a plus senti que le cuir et sous le cuir le trottoir. Il n'y a plus rien à connaître. Je regarde marcher les femmes qui vont chez mon copain l'épicier, celles qui passent par la rue pour aller à la station d'autobus de Saint Germain des Prés. Il y en a qui n'ont pas de talons hauts; elles pourraient avoir une marche normale. Mais leurs pieds ne savent plus goûter la terre. Ils ont usé leur puissance divine sur de la matière artificielle, sans artères magiques; du ciment mort d'où il est impossible que surgisse cette élasticité électrique qui soulève et porte les pas. Je peux choisir dans toutes celles qui passent devant moi et classer sans me tromper celles qui sont nées à Paris et celles qui sont nées sur la terre. Il y en a qui sont déjà mortes jusqu'aux hanches et j'en vois passer d'entièrement mortes dont les chairs n'ont jamais connu le monde. Elles accomplissent des gestes sans signification, sans correspondance. Elles ne correspondent avec rien. Je suis entièrement seul au milieu d'elles. Je serais plus à mon aise dans le monde des poissons ou des abeilles; j'y sentirais mieux les prolongements de moi-même et l'accord avec l'essence même des choses.
(Jean Giono, "Les vraies richesses", Grasset, Paris, 1954, p. 6)

Ronda - 1951
Le marché, comme toutes les rues de Ronda, est pavé de galets appuyés sur la tranche et qui forme parfois des dessins géométriques. Je donne ce détail parce qu'il a une importance physionomique. Edgar Poe a dit que le tapis était l'âme de l'appartement. Le pavé est, à ce point de vue, l'âme d'une cité. Les grandes dalles de Florence et de Spalato, la brique de Harlem, les petits cubes de grès des rues romaines, le marbre de Venise, le ciment de New-York, créent en grande partie l'atmosphère de ces villes, même si nous n'en avons pas conscience. Le plus beau pavé est celui de Raguse, à cause de la blondeur qu'il met dans la ville.
(A. t'Serstevens, "Le nouvel itinéraire espagnol", Segep, Paris, 1951, p. 169)

Nantes – paroisse Notre-Dame de Toutes-Joies - années 50
Les processions de la Fête-Dieu font l’objet de grandes mises en scène. Le cortège avec le dais, les cordons, les lanternes. Sur tout le chemin emprunté durant cette procession, le sol était recouvert de fougères fraîches ainsi que de grands motifs décoratifs en sciure de bois teintée de couleurs vives, réalisés tôt le matin au moyen de grands pochoirs. De place en place, un enfant de chœur donne un coup de claquoir, la procession s’arrête, le prêtre qui tient l’ostensoir présente l’hostie aux fidèles, tandis que les enfants de chœur qui se sont agenouillés agitent leurs encensoirs. D’autres enfants munis de petits paniers jettent des pétales de roses.
(Jean-Pierre Pénault, communication personnelle, juin 2011)

Aracena
C'est la ville la plus propre du monde. Tous les trottoirs sont en petits carreaux de céramique quadrillés en gaufrettes et ont une belle bordure de ciment clair sans la plus petite encoche. La chaussée est pavée d'une mosaïque parfaitement unie, faite de jolis galets si bien rejoints entre eux qu'elle est polie comme un miroir. Les rues sont si belles que la municipalité n'a pu se décider à y laisser passer les voitures non munies de pneumatiques, en sorte que les poids lourds et les carrioles doivent faire le tour de la ville. On y chercherait en vain un bout de papier ou une épluchure. Je pense même que les feuilles mortes doivent être ramassées avec soin et emportées très loin de la ville, car, bien qu'il y ait quelques arbres et que l'été dessèche les feuilles, je n'en ai pas vu une seule sur le sol. Les façades d'un blanc aveuglant se reflètent dans la céramique des trottoirs qui ont toujours l'air mouillé.

(A. t'Serstevens, "Le nouvel itinéraire espagnol", Segep, Paris, 1951, pp. 209-210)

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